La douceur comme révolution intérieure

Cette année, j’apprends à faire de la douceur une pratique quotidienne. Ce n’est pas un cheminement facile dans la mesure où j’ai pris conscience en début d’année combien ma voix intérieure était beaucoup trop jugeante et perfectionniste. Je ressentais la présence invisible d’un juge intérieur m’habitait et critiquait avec tant de naturel, toute ma routine : “tu aurais du te réveiller plus tôt Sabrina.”, “regarde t’es toute fatiguée, c’est ça de lire jusqu’à tard”, “t’as pas la force de porter cette petite bibliothèque, t’as jamais eu de muscles de toute façon… tes copains le feraient facilement” , “encore ? t’en as pas marre d’être maladroite… ?”

En travaillant énormément sur moi, par l’écriture constante des auto-procès que je m’infligeais mais aussi de la reprogrammation de ces pensées qui ne m’aidaient pas du tout dans ma vie, je me suis rapprochée de ce que l’Ayurveda appelle Ahimsa, la non-violence. En choisissant délibérément de remplacer les jugements par des compliments, le quotidien a changé.

Choisir la douceur, c’est refuser de répondre à la dureté du monde par encore plus de dureté. C’est respirer au lieu de réagir, écouter au lieu de juger, aimer là où j’aurais pu me refermer parfois à cause de certaines blessures. C’est se responsabiliser aussi, se dire : “le monde ne tourne pas rond, je me choisis, pour ‘incarner le changement que je veux voir dans le monde’ comme le dit si bien Gandhi”

J’ai compris que ahimsa commence à l’intérieur. Avant de vouloir la paix autour de moi, ne dois-je pas d’abord la semer en moi ? Comment voir avec clarté quand notre coeur est asphyxié ? Comment voir la lumière, si nous sommes rempli(e)s de toxines. Les toxines ne sont pas que physiologiques ou en rapport avec l’alimentation, elles sont aussi émotionnelles en Ayurveda, énergétiques.Elles sont les restes des évènements douloureux que nous avons eu à traverser, tous et toutes, en tant qu’êtres humains, elles sont toutes ces émotions que nous n’avons pas choisi d’exprimer mais que nous avons choisi d’enterrer en soi, elles sont toutes ces fois où nous avons offert notre énergie et avons fait l’amour avec une personne qui nous a imprégné et qu’on a imprégné de notre sphère subtile, de notre aura, de nos émotions et énergies.

Ceci a impliqué le fait de devoir me regarder en face, de ne pas sourciller devant le miroir, de me confronter à moi-même, à toutes mes ombres, mes traumas, mes blessures, les cicatrices ouvertes et les démons, à mes excès, ma culpabilité, toutes les émotions refoulées qui stagnaient au fond du coeur : à la rancune, l’amertume, la colère contre certains partenaires aux comportements abusifs. Ahimsa était au bout d’un tunnel sombre à l’époque, je marchais sur le parterre de toutes les toxines de ma vie, un tout à l’égoût nauséabond qui n’avait jamais été nettoyé. Comment pouvais-je prendre ma douche autant de fois, mais ne jamais penser à nettoyer mon “être subtil”, mon énergie, mon espace intérieur ?

Pouvoir se rapprocher de cette discipline, c’est d’abord accepter d’être qui l’on est, se pardonner, pardonner à celles et ceux qui ont pu nous malmener et nous causer du tort, se pardonner d’avoir explosé en éclats et avoir eu la vision et la lucidité troubles, affaiblies par un manque d’estime de soi. En entrant dans ce chemin de guérison, c’est un éventail de mondes qui entrent en nous, le paradis, l’enfer, l’obscurité, le trouble, le stagnant, la vase, les lueurs d’un matin d’hiver, l’Horizon. Puis le silence, un éternel silence de douleur, de résilience puis de libération.

La discipline et la routine m’ont permis d’entrer dans un processus de révolution intérieure, pour moi, mais aussi pour être à même d’accompagner autour de moi, de contribuer à petite échelle et par des échanges si riches, à faire vibrer l’Ahimsa, car elle est à mes yeux la force tranquille nécessaire pour faire face à un monde qui sans cesse, nous éloigne de nous-même.

En voici les premiers préceptes : se nourrir avec respect, dormir sans culpabilité, se parler avec tendresse, comprendre qu’on ne peut se regarder aujourd’hui en jugeant celle que nous étions autrefois, car celle qui existait n’existe plus à chaque seconde. Qu’on se renouvelle, qu’on renaît de ses cendres, qu’on fleurit. À chaque fois que je choisis la douceur, je sens ojas grandir en moi, l’énergie subtile qui nourrit la joie, la clarté et la vitalité.

Et si la vraie révolution commençait là les Vaillant.es ? Je parle du fait de “prendre soin de soi” à chaque instant, commencer réellement à se considérer comme notre propre meilleur(e) ami(e), notre propre allié(e). Dans un repas pris en silence, une parole apaisée, une main posée sur le cœur.

Ahimsa, pour moi, c’est une promesse intime que je me suis faite l’année dernière : ne plus me violenter au nom de l’exigence, de la peur, des conditionnements et des chaînes qui ont pu me retenir, car je suis et je reste ma seule compagnie, je vis dans ce corps jusqu’à la fin de ma vie donc il était peut-être temps d’apprendre à le connaître et à le respecter.
Je nous souhaite d’offrir au monde une présence plus paisible, enracinée dans la bienveillance. Alors, petit à petit, la douceur cessera d’être une fragilité et deviendra la force tranquille qui nous aidera, collectivement, à guérir de nos maux.


Avec amour,
Sabrina.

Précédent
Précédent

L’ âme de l’Ayurveda

Suivant
Suivant

Transcender nos sentiments : avoir le courage de partir