Transcender nos sentiments : avoir le courage de partir
Cher·es Vaillant·es,
Il y a des moments où la vie semble se figer. Où l’on aime à s’effacer complètement et perdre notre identité, où l’on s’accroche à un lien, à un emploi, à une routine, en pensant que sans cela, la vie deviendrait fade et morne. On se dit que partir serait tout perdre — l’amour, la stabilité, le connu.
Alors on reste. On se répète que “ça ira”, qu’on doit tenir un peu plus longtemps, qu’il faut être raisonnable, sage, que nous avons un bon emploi, un confort de vie, que sans ça nos enfants ne seraient pas aussi heureux, qu’il vaut mieux rester par prévention que guérir le fait de ne pas trouver mieux. Je sais ce que c’est, cet espace si inconfortable d’être “ici et maintenant” en s’en plaignant constamment, sans pouvoir se défaire de cette emprise.
Je me suis vue, moi aussi, prisonnière d’un amour toxique, je croyais que ma vie ne serait jamais aussi vibrante sans lui. Je me suis inventé mille raisons de rester : “Il m’aime, il va changer, je ne retrouverai pas cette intensité ailleurs.” Mais au fond, ce n’était pas de l’amour, c’était une dépendance à la lumière de quelqu’un d’autre. Je croyais que sans cette flamme, je ne pourrais plus briller, mais c’était exactement la raison qui faisait que je m’éteignais à petit feu, car je ne croyais plus en moi et que je vivais à travers le pardon de comportements nocifs.
Je me suis vue aussi enfermée dans une institution qui me rongeait, où chaque matin, je perdais un peu de souffle.. Je me répétais : “Si je pars, voilà ce que je perds. Je ne sais pas ce que je vais gagner. ” Dans l’éducation nationale, quand on s’en va selon nos choix, on perd tous nos “points”.
Ma vie était donc réduite à un algorithme et une accumulation de points, selon des critères ahurissants (se marier, avoir des enfants, avoir un enfant handicapé..) .
Je suis partie.
Une chose est juste : quand on quitte, on ne sait jamais ce qu’il y aura après. Mais aujourd’hui je sais qu’on y gagne toujours — toujours — à se libérer d’un espace qui nous rend anxieux·ses, d’une situation qui nous fait mal. Même si le prix n’est pas visible tout de suite, le mouvement s’enclenche. En nous, silencieusement, une force commence à respirer à nouveau. Elle attend son heure pour nous montrer que la vie, patiemment, prépare autre chose.
On ne regrette jamais de partir d’un endroit qui piétine notre santé, notre joie, notre essence.
Le rien est souvent plus doux que le “pire” et au fil des jours, il y a une énergie de recommencement, quelque chose qui s’éveille en nous, nous titille, la flamme se ravive peu à peu, la créativité revient, on se retrouve tel.le que nous étions avant ce qui nous affaiblissait.
Le corps, lui, sait tout cela, bien avant notre mental et notre coeur. Il encaisse nos blessures, il serre les dents quand on refuse de l’écouter. Puis un jour, il craque, ou il parle à travers nos angoisses, nos tensions, nos fatigues soudaines. Ce n’est pas la fragilité : c’est la mémoire. Il se souvient de tout ce qu’on a forcé, de tout ce qu’on n’a pas osé quitter.
Alors aujourd’hui, je t’écris pour te dire ceci :
Tu n’es jamais vraiment prisonnier·e. On est victimes, on se soutient, on est dans l’action, mais on se dresse aussi nos propres barrières et on s’emmure dans des choses qui parfois ne correspondent pas à notre incarnation.
À chaque instant, la liberté existe, tapie dans une décision, une phrase, un geste, un départ.
Je nous souhaite d’avoir la force de partir des choses qui ne nous rendent pas heureux·ses.
Avec amour,
Sabrina.